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Pourquoi la méthode Alvarez m’embête un peu…

12 réponses • 9 min • • 12 Oct 2016

On en parle partout, alors j’ai pensé que, peut-être, j’allais t’épargner des recherches et te permettre de briller en soirée en te résumant la nouvelle méthode d’apprentissage et de développement à la mode : celle de Céline Alvarez.

Céline Alvarez est une institutrice qui est partie du principe que pour favoriser le développement et l’apprentissage des enfants, il est indispensable de respecter la nature humaine. En gros.

En pratique, cela veut dire reprendre le travail de Maria Montessori et y ajouter une pincée de neurosciences. Enfin, je veux dire, des neurosciences actualisées.

Donc, la méthode Alvarez, c’est Montessori updaté.

La dame a passé 3 ans en maternelle dans une école située en ZEP (Zone d’Education Prioritaire = quartier dans lequel sont concentrées des familles à faibles revenus, pour la faire courte). Elle a pu y tester sa méthode d’éducation. Les résultats sont, semble-t-il phénoménaux. Ces résultats ne seront jamais publiés car ils n’ont été mesurés que par Céline Alvarez (une sombre histoire d’Education Nationale qui n’a pas permis de contrôle scientifique des résultats, je n’en sais pas plus). Pour autant, je suis assez convaincue qu’elle dit vrai et que son enseignement est efficace.

Dans l’idée, j’aime bien. En même temps, qui pourrait être contre le fait qu’on vienne te dire : viens, je vais te montrer comment rendre ton enfant heureux à l’école ?

La méthode repose sur des principes qui, je crois, ne sont étrangers à personne.

Il faut favoriser l’autonomie des enfants en les laissant faire seul, en leur montrant comment faire, et en leur proposant du matériel adapté (Maria, es-tu là ?), il faut aimer son enfant de tout son cœur et le respecter pour qu’il ait confiance en lui (éducation bienveillante, vous avez dit éducation bienveillante ?), et il faut favoriser les contacts entre enfants de tous âges pour faire de notre monde un monde meilleur (je sais plus qui dit ça…).

Sur le fond, je suis bien d’accord avec les principes sur lesquels repose la méthode de Céline Alvarez et je pense qu’il faudrait largement développer ce truc qui semble si bien fonctionner. Et oui, c’est aberrant qu’on peine autant à imposer ce qui pourrait aider. Mais il ne s’agit pas d’une méthode révolutionnaire selon moi, et nombre de parents et de professeurs peuvent en témoigner.

Après, sur la forme, je suis assez perplexe.

Cette institutrice a exercé 3 ans, dans le cadre d’une expérimentation, c’est-à-dire dans des conditions de travail qui ne sont pas celles des enseignants : adulte supplémentaire dans la classe, matériel onéreux, mêmes enfants pendant 3 ans, et classe de maternelle. Ensuite, elle a quitté l’Education Nationale pour promouvoir sa méthode (livre, conférences, large médiatisation). Et, sans doute, la monnayer aux établissements privés.

Ce qui, je crois m’embête le plus, c’est sa manière de discréditer l’ensemble des enseignants.

Par exemple, quand elle dit :

« J’ai été stupéfaite de voir que ceux qui avaient déjà passé un ou deux ans dans une autre maternelle étaient un peu désemparés. Ils étaient comme « décentrés », continuellement accrochés au jugement de l’adulte, incapable de choisir leur activité si je ne leur disais pas quoi faire, et incapables de juger par eux-mêmes leur travail.

Ça m’a fait mal de voir sur des enfants de 4 ans les dégâts du système éducatif traditionnel. Je passais à côté d’eux dans la classe, et je les sentais tellement en souffrance, si désireux que je les rassure sur ce qu’ils avaient fait : « C’est bien, Céline ? » Je leur répondais : « Et toi, qu’en penses-tu ? Tu es content de toi ? » Il leur a fallu beaucoup de temps pour qu’ils retrouvent leur propre motivation, leur élan intérieur ».

Perso, je pense que les instituteurs précédents de ces enfants doivent prendre une jolie claque en lisant ça. Mais ce n’est que mon avis, hein.

Dans la classe de petite section de Petite Chérie, par exemple, il y a une maitresse et une ATSEM pour 25 enfants de 2 ans et demi à 4 ans et demi. Et bien cette maitresse, elle dit que l’objectif premier de la petite section de maternelle, c’est la socialisation. Elle leur a déjà appris à mettre leurs chaussures et leurs manteaux seuls, ils connaissent les jours de la semaine et savent dessiner un bonhomme. Ils vont bientôt aller visiter un moulin et ensuite ils apprendront à faire du pain. Ils vont à la bibliothèque, écoutent des histoires et sont contents de faire la sieste tous ensemble. Et, dans la classe de Petite Chérie, j’ai retrouvé une disposition d’ateliers et une manière de procéder très proche des principes Montessori : toujours plus d’autonomie, du respect de chacun, et l’apprentissage de la solidarité.

Je sais que cette maitresse se donne du mal pour faire grandir nos enfants. Je sais qu’elle réfléchit à la meilleure manière de s’y prendre et qu’elle les accompagne vers de plus en plus d’autonomie. Alors je trouve injuste de dire que les autres enseignants font mal, ou même, moins bien que Céline Alvarez, qui n’a enseigné que 3 ans et ce, dans un contexte particulier. Les autres enseignants ne font pas d’expérimentation, ils font avancer les choses au quotidien. Et ils font avancer les choses au-delà de l’école maternelle. Avec les moyens qu’on leur donne et les moyens qu’ils se créent aussi.

Or, le discours de Céline Alvarez tend à discréditer ces enseignants qui sont aussi compétents qu’elle.

Et ce qui m’ennuie aussi, c’est qu’elle contredit ce qui reste pour moi un impératif majeur : tenir compte de l’environnement et de l’enfant lui-même.

L’utilisation des neurosciences est intéressante, mais elle ne peut pas aboutir à considérer qu’une méthode fonctionne de manière infaillible.

L’imaginer, c’est nier ce qui fait chacun de nous. L’enseignement, la pédagogie, sont des disciplines qui méritent d’être enrichies par les neurosciences, mais pas d’être fondées exclusivement sur elles.

Quand je dis qu’il faut tenir compte de l’enfant et de son environnement, je veux dire qu’en arrivant à l’école, un enfant est déjà en partie construit. Sa construction est déjà influencée par son environnement familial, culturel, et social. Il n’est déjà plus tout à fait le même que n’importe quel autre enfant de sa classe. Et à partir de là, parler de méthode universelle, c’est carrément nier le fonctionnement de l’enfant, justement. J’ai d’ailleurs lu une phrase très juste, à mon sens, qui dit :

« les certitudes de Céline Alvarez ont oublié que la diversité sociale et culturelle des enfants nous contraignait à ne penser la pédagogie que dans la complexité, les incertitudes, le doute et la contradiction […] Céline Alvarez, que certains journalistes qualifient de pédagogue révolutionnaire, produit en définitive de l’idéologie, au sens marxiste du terme, c’est-à-dire qu’elle transforme des réalités contingentes, sociales et économiques, en caractéristiques universelles et naturelles de l’être humain. Et cela n’est pas sans lien avec une société qui préfère ignorer l’influence de ces réalités économiques et sociales pour se réfugier dans l’idéologie d’une égalité naturelle que la bienveillance suffirait à faire naitre ».

Dans ce même article (très à charge, il faut bien le reconnaître), l’auteur met les pieds dans le plan sur un autre défaut de la « méthode Alvarez ». En effet, Céline Alvarez part du principe qu’un enfant n’apprend bien que s’il est motivé et que donc, on ne peut pas lui imposer un enseignement. Sauf que, selon moi, c’est le rôle des adultes que de susciter la motivation chez l’enfant. Je ne pense pas que l’on doive attendre que l’enfant trouve naturellement sa propre motivation :

« Elle affirme que « l’être humain n’apprend pas ce qui ne le motive pas et que tant qu’on impose les sujets, l’enfant ne peut pas apprendre ». Voilà ressurgir le diktat de la motivation comme condition incontournable de l’apprentissage, considérée ici comme une donnée intrinsèque de la personnalité alors qu’elle est d’évidence une construction sociale, une résultante de l’action de l’enseignant, de l’interaction entre enseignant et élèves et entre élèves. Le travail de l’enseignant n’est pas de répondre aux seules motivations « naturelles » mais de construire les motivations nécessaires pour permettre des apprentissages. Et cela procède d’équilibres complexes dans lesquelles l’enseignant ne peut contenter des dynamiques motivationnelles parce que l’enjeu fondamental n’est pas de motiver à une activité mais de construire une volonté d’apprendre, de permettre à un enfant de découvrir les enjeux émancipateurs du savoir ».

Et je suis plutôt d’accord avec ça.

Au final (mon dieu que cet article est déjà long et que j’aurais aimé écrire bien plus encore !), si on ne peut pas remettre en cause la pertinence des travaux de Celine Alvarez et, sans doute, l’efficacité d’une méthode qui regroupe des pédagogies existantes, je reste assez hermétique devant les propos de Céline Alvarez.

Mais tout ceci n’est que mon avis, ne va pas croire que j’ai forcément raison. Et d’ailleurs, sur un sujet tel que les méthodes d’enseignement, c’est la discussion qui nous enrichit, alors j’ai hâte de lire ton avis en commentaire !

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12 Oct 2016

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Réactions

  1. L

    Lau 12 Oct 2016 - 10:55 Répondre

    Céline Alvarez et sa « méthode » sont clairement en train de se prendre un retour de bâton et j’ai vraiment l’impression que c’est la sortie de son livre qui a pas mal changé la donne.

    Déjà l’année dernière à la rentrée, les médias ont beaucoup parlé d’elle et de son expérience sur des enfants de ZEP. Mais l’année dernière le discours était à mon sens sensiblement différent, c’était celui d’une chercheuse, qui disait qu’elle avait dû arrêter ses recherches à cause d’un revirement politique. C’était une chercheuse qui avait envie de dire « hey, si on se penchait sur la pédagogie qui n’a pas évolué depuis des années et qu’on dépoussiérait le tout grâce au neurosciences ».
    Ce qui est plutôt louable
    Puis elle a fait 1 an de conférence, a gagné une petite célébrité et a sorti son livre qui est en pas mal de point discutable.
    Donc je ne pense pas spécialement que derrière la méthode Alvarez il y ai eu une idée de monétiser quelque chose aux écoles privées, mais je pense que ce qui était un travail de recherche qui en est au début, a été monté en épingle beaucoup trop tôt.

    J’espère que pour le futur de l’enseignement et de la pédagogie elle ne va pas trop se discréditer et que l’on pourra quand même voir la pédagogie évoluer.

    Cet article explique bien les points mystiques posant problème dans le livre http://www.afef.org/blog/post-roland-goigoux-rypond-y-cyline-alvarez-y-beaucoup-de-choses-prysentyes-comme-nouvelles-par-cyline-alvarez-ne-le-sont-pas-y-p1769-c31.html

    • J

      Juliette 12 Oct 2016 - 11:04

      Oui je suis d’accord, elle s’est peut être perdue dans trop de médiatisation.
      Quand je parle de monétiser aux établissements privés, c’est parce que sa méthode coûte de toute façon bien trop cher pour un système public. Seules les écoles privées pourront la mettre en place entièrement, comme c’est déjà en partie le cas de la méthode Montessori (en l’écrivant je me dis qu’en fait c’est discutable : la maîtresse de ma fille utilise clairement du Montessori mais elle n’y fait jamais référence. Peut être parce qu’au final l’éducation nationale n’a rien à vendre).
    • L

      Lau 12 Oct 2016 - 11:08

      En fait je pense qu’il y a plus d’enseignants/établissements qui utilise des principes montessori sans le dire.
      On a changé de crèche cette année et on s’est rendu compte au moment de la présentation du projet pédagogique que c’était clairement du montessori/freinet mais ce n’est jamais dit, jamais écrit.
      Je pense que c’est aussi des demandes du rectorat/de la ville pour éviter des parents qui truanderai pour changer leurs enfants d’établissements.
    • J

      Juliette 12 Oct 2016 - 11:22

      Oui sans doute ! Les fourbes 😂
  2. F

    FOXKLER 12 Oct 2016 - 11:19 Répondre

    Ah bah je voulais acheter le livre pour me faire mon opinion, mais si tu l’as, à l’occaz je te l’emprunterais. 🙂
  3. A

    Allychachoo - Famille en chantier 12 Oct 2016 - 12:04 Répondre

    Très intéressant de lire ton article, merci ! Je suis comme toi un peu partagée sur son approche, comme plusieurs autres approches alternatives. Car oui, on ne peut pas nier que les fondements de base semblent excellents, c’est même du bon sens. Mais de 1. je trouve qu’on peut en partie en retrouver dans l’école dite « traditionnelle » et de 2. comme toi je ne crois absolument pas à l’existence d’une méthode universelle qui marcherait à coup sûr. Toutes les théories éducatives sont également le fruit de leurs époques.
  4. T

    Tara B. 12 Oct 2016 - 12:06 Répondre

    Entièrement d’accord avec toi sur ce « petit quelque chose qui gêne » quand on l’entend aujourd’hui sur les plateaux télé… D’autant qu’il n’y a pas que les enseignants qui en prennent pour leur grade : en tant que parent d’un enfant qui va dans une école « standard » (traduire « non convertie aux méthodes révolutionnaires de Mme Alvarez ») on a un peu l’impression qu’on a gravement fait les mauvais choix pour nos enfants, et ça fait un peu mal… Sans compter qu’on est allés nous-même à une école encore moins Montessori-Alvarez quand on était enfants et que perso j’ai toujours adoré y aller bien qu’on m’ai toujours imposé les sujets à étudier. Et guess what ? J’ai survécu, et plein de monde avec moi… (on est d’accord, les parents d’enfants de milieux défavorisés ne peuvent pas tous en dire autant).
    Bref, le côté idéologique de son discours est effectivement un poil gênant et nuit à son message de fond…
    • J

      Juliette 12 Oct 2016 - 12:14

      Tu complètes parfaitement ce que je n’arrivais à formaliser : la culpabilité que cela fait peser sur nous, parents tout juste normaux.
      J’ai été dans des écoles ZEP, et même dans un lycée « rouge rouge – sensible ». Et pour autant, non seulement j’ai fait des études (à la fac, des études pas chères, je n’avais pas tous les choix, c’est vrai), mais la plupart de mes camardes de primaires s’en sont très bien sortis également. On a eu de supers instituteurs pas du tout au fait des pédagogies nouvelles, mais qui nous ont donné confiance et fait avancer.
  5. C

    Claire 12 Oct 2016 - 10:03 Répondre

    Tout d’abord je voulais te dire merci pour cet article, c’est dingue à chaque fois que vous publiez un truc je me dis « Ah mais oui trop intéressant ce sujet !!! »
    Bon j’ai fini la minute fayot ! 🙂
    Je serai pour ma part un peu plus modérée sur Céline Alvarez qui – même si elle a clairement un positionnement un peu « too much » et des méthodologies pas forcément applicables – a au moins eu l’intérêt de soulever le débat sur le fait que l’école et sa pédagogie ne sont pas forcément des plus adaptés pour les enfants qui ne rentreraient pas dans le moule.
    Vous avez sans doute vu cet article (déprimant…) du Monde sur le fait que la France est devenu le pays le plus inégalitaire des pays de l’OCDE : http://www.lemonde.fr/campus/article/2016/09/27/comment-le-systeme-francais-aggrave-ineluctablement-les-inegalites-scolaires_5003800_4401467.html

    Du coup mettre en avant des manières de faire différentes et les rendre connues du public c’est bien ! Et effectivement beaucoup de profs mettent déjà en pratique ces nouvelles méthodes et il est important de le dire.
    Et si ce livre et tout le battage qu’il y a autour permet de remettre sur la table la réflexion sur la pédagogie ça sera déjà ça de gagné !

    • J

      Juliette 13 Oct 2016 - 9:48

      YES ! Merci pour ce super compliment qui nous motive encore plus ! Et puisqu’on a le droit, on a le dire aussi : les commentaires sont un vrai moteur pour nous ! On a en plus la chance d’avoir des lecteurs ouverts au débat et aussi motivés que nous : on vous kiffe !
      Pour Celine Alvarez, je suis d’accord sur le fait qu’elle permet sans doute de mettre en lumière une façon de faire intéressante. Toutefois sa méthode, en cela qu’elle est unique, n’est justement pas adaptable aux enfants qui ne sont pas « dans le moule ». D’ailleurs, sa classe ne comptait pas d’enfant « hors norme » je crois.
      Merci pour l’article ! Je l’avais vu passé (j’ai même hésité à le mettre sur notre page Facebook, je sais plus pourquoi je ne l’ai pas fait ! Je le mets direct !).
  6. C

    Céline Dehors 08 Nov 2016 - 11:40 Répondre

    Bonjour Juliette. As-tu lu le livre de Céline Alvarez avant d’écrire l’article ?
    • J

      Juliette 08 Nov 2016 - 11:55

      Oui. J’ai également lu beaucoup de ses interviews et visionné une partie des vidéos de ses conférences.
      Aller ! Dis moi pourquoi tu demandes ! 😁

      (He au fait, rien à voir, mais merci pour l’article sur le voyage et la coupe pleine, ça fait bien plaisir d’être si bien comprise par d’autres parents !)

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